Editorial : Le Délestage En Afrique De L’ouest : Finir Avec Les Solutions Égoïstes

11 septembre 2015
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kpochemeDepuis une dizaine d’années maintenant, le déficit en énergies, notamment l’énergie électrique est la chose la mieux partagée dans la plupart des pays de la sous région ouest-africaine. Même les gros producteurs de cet espace, à l’instar du géant Nigeria et du Ghana qui sont souvent venus à la rescousse des pays comme le Bénin, le Togo, la Guinée ont aujourd’hui atteint leurs limites. Les coupures électriques et les délestages récurrents de ces dernières semaines constituent l’une des causes du mécontentement des Nigériens ; ils ont manifesté samedi dernier à Niamey. Pour le gouvernement nigérien, la solution à ce déficit d’énergie électrique habituellement achetée chez le Nigeria voisin est la centrale thermique de Gorou Banda dont il est attendu une performance de 80 MW ; mais il faudra encore attendre quelques mois pour l’avoir.

Même si le Nigeria et le Ghana continuent de desservir leurs voisins, ce n’est plus dans les proportions souhaitables ; encore qu’ils sont eux-mêmes confrontés, de l’intérieur, à une demande de plus en plus insoutenable. Dans l’espace UEMOA, le ratio est de 16 kW pour 1000 habitants. Ahurissant ! Déjà au lendemain des indépendances, les chefs d’Etat du Bénin et du Togo ont compris la nécessité de régler les contingences de ce secteur dans le cadre d’une communauté électrique. Mais depuis 1998, cette communauté s’est révélée, elle aussi, dépassée ; de sorte que la BOAD, dirigée à l’époque par un certain Boni Yayi a dû, sur la question, venir à la rescousse du Bénin. Seulement qu’il n’a été question-là, que d’une intervention circonstancielle. La preuve, le même Boni Yayi devenu chef de l’Etat béninois en 2006 n’a pas échappé au défi évident et urgent du délestage. Il a promis juguler cette crise énergétique, avec la promesse de la résoudre en 3 mois. Le constat est là, tout aussi évident : après 9 ans d’exercice du pouvoir de Boni Yayi, la situation est loin d’être résolue, elle s’est même empirée. Ce n’est pas faute d’effort que Boni Yayi et son gouvernement en sont toujours là : $411 millions sont investis dans les 5 premières années du mandat de Boni Yayi par le MCC, essentiellement dans la production, la distribution et les réformes dans le secteur de l’électricité. La construction d’une centrale de 120MW à financer par la BID, la BOAD et l’Etat Béninois permettront d’atteindre une capacité de génération de 1000MW en partenariat avec le secteur privé en BOT.

Les présidents béninois et nigérien, chacun de son côté a promis que la situation serait quelque peu sous contrôle avant fin 2015. Mais en réalité, eux-mêmes n’y croient point.

En Guinée, le gouvernement s’est rabattu sur la CEDEAO, Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest qui a promis d’accorder un montant de 30 millions de dollars au titre de prêts qui seront intégralement injectés dans le secteur de l’électricité afin de réduire le délestage électrique à Conakry. Dans ce pays, la solution ne pourra donc intervenir avant 2018.Mais en réalité, il est aujourd’hui important que les gouvernements s’affranchissent des réflexions égoïstes. La solution ne pourra être trouvée que dans un cadre communautaire.

Pour un véritable ouf de soulagement, il faudra approfondir l’idée du commissaire en charge des infrastructures, transport et énergie, soutenue par le secrétaire général du système d’énergie de la CEDEAO ; à savoir, mettre en relief la réalisation des projets d’interconnexion avec plusieurs pays voisins. Il s’agit entre autres du Mali, de la Sierra Leone, du Libéria, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et de la Guinée Bissau. Le président ivoirien a déjà lancé la réflexion dans ce sens. Ceci, en initiant, il y a trois mois de cela, un mini-sommet des chefs d’Etat et chefs de gouvernement sur la question.

Si la société West African Gas Pipeline Company (WAPCo) est prête à jouer son rôle afin de permettre au Ghana de répondre à ses besoins énergétiques, comme l’a affirmé M. Walter Perez, DG de la société, elle serait aussi prête à accompagner la réflexion dans le cadre communautaire. Déjà, cette société a appris à nourrir des rêves dans un cadre sous régional. Dirigeants ouest africains, trêve de bavardage et d’égoïsme. La solution au délestage est à portée de main. Allons à l’essentiel.

Franck KPOCHEME

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Matin Libre