Floraison des Mariages Musulmans à la veille du jeûne : Dans l'Univers des Unions à durée déterminée

31 août 2015

Des mariages en série sont célébrés à la veille du jeûne musulman dans plusieurs localités de la partie septentrionale du Bénin. Notamment au niveau des villes de Parakou, Djougou, Kandi et autres. Le phénomène existe également au niveau des autres villes du Bénin mais pas dans les mêmes proportions. Au lendemain de la célébration du ramadan, ces unions se révèlent être des unions éphémères, qui ne durent que le temps d’un feu de paille. Quelles peuvent-être les raisons d’une telle situation ?

Par souci de se conformer à l’un des principes de l’islam qui prescrit que pendant le mois de jeûne, seule la femme avec qui on est régulièrement marié peut faire la cuisine pour soi et c’est seulement avec elle que l’on peut entretenir des relations sexuelles, de même, pour bénéficier de la plénitude des bénédictions attachées à cette période, nombre de jeunes musulmans décident de convoler en juste noces à la veille du mois de jeûne musulman, dans les villes à dominante musulmane du Nord et d’autres régions du pays.

Ces mariages sont très souvent célébrés avec la bénédiction des dignitaires. Mais, le constat est que juste à la fin du mois de jeûne, très peu de ces couples résistent à la tempête des divorces.

Des explications de certains islamologues, notamment Cheikh Tamimou Salissou, il ressort  que les raisons de cet état de chose sont à rechercher dans ce qui amène ces jeunes à éprouver le besoin de se marier avant le début du jeûne. Il a laissé entendre que de nombreux jeunes hommes se marient pendant cette période, pour la simple raison d’avoir une femme qui leur fera à manger et avec qui entretenir des relations sexuelles.

Pour El hadj Kabir Yari, secrétaire général des imams de Madina, un quartier situé dans le premier arrondissement de la commune de Parakou, « le mois de ramadan est un mois saint, c’est pourquoi, les lois islamiques imposent certaines restrictions aux fidèles musulmans. Le fidèle musulman ne doit avoir, des relations sexuelles qu’avec la femme avec qui, il est régulièrement marié et seule cette dernière peut lui préparer à manger pendant le mois de jeûne ».

Tout en reconnaissant l’existence des mariages en série à l’approche du jeûne, au niveau des grandes mosquées des principales villes du Bénin, il explique qu’on y retrouve deux catégories de filles : des filles fiancées mais très peu sérieuses dont les parents veulent se débarrasser en les donnant en mariage et des femmes abandonnées par leurs époux ou des veuves à la recherche des bénédictions du mariage.

S’agissant des raisons qui pourraient justifier les divorces en série, après le mois de ramadan, l‘imam trouve qu’elles peuvent-être de plusieurs ordres. D’abord, il voit l‘immaturité et l’impréparation de certaines filles à la vie de couple, ensuite, l’infidélité des filles mariées qui continuent d’entretenir des relations sexuelles avec leurs amants. Et enfin, l’incapacité de certaines filles mariées à accomplir convenablement leurs obligations conjugales.

B. I., un jeune fidèle musulman de la commune de Djougou, a confié : « Je suis aujourd’hui célibataire après avoir été marié l’année dernière à la veille du jeûne». Et à la question de savoir pourquoi cet état de chose, il explique qu’il est tombé sur une fille dont il a découvert l’infidélité pendant qu’elle était sous son toit. Ce qui l’a conduit à simplement la répudier.

Mais face à cette situation qui ne donne guerre une bonne image de la religion musulmane, les dignitaires ne sont pas restés les bras croisés. L’imam Kabir Yari a laissé entendre que l’occasion de la célébration des mariages est saisie pour sensibiliser  les jeunes couples sur l’importance du mariage dans la vie d’un être humain.  

Le phénomène existe également dans la partie méridionale du Bénin. La commune de Cotonou n’est pas à l’abri, a confié  Alpha Bachirou Idrissou, imam de la mosquée Kabir de Ménontin et chargé de prêche de la moquée centrale de Dék-oungbé. Pour ce dernier, « seulement trois mariages sur dix résistent après le mois de jeûne, je suis très bien placé pour en parler. Des exemples foisonnent, car, la grande partie de ces jeunes vont au mariage sans remplir convenablement les conditions et surtout sans savoir véritablement les obligations d’un tel acte. Les uns se marient juste par conformisme sans vraiment en mesurer la responsabilité qui en découle, les autres le font juste pour la période du jeûne en toute conscience sans forcément en parler à leur partenaire. Ce qui traduit une certaine banalisation du mariage qui est très cher au prophète Mahomet qui a dit que la chose qui lui fait le plus mal est le divorce ».

Pour Alpha Bachirou Idrissou, le phénomène est devenu un sujet de préoccupation au niveau de la communauté musulmane notamment chez les imams et Alfa qui sont très souvent sollicités pour sceller ces unions et en même temps régler les problèmes liés aux divorces qui en résultent très souvent. C’est pourquoi, des séances de sensibilisation sont initiées pour entretenir les fidèles musulmans, surtout la couche juvénile sur l’importance du mariage et surtout sur le rôle capital que les parents doivent jouer dans la consolidation de ces unions. Il n’a pas manqué de rappeler que ce n’est pas seulement les mariages célébrés à la veille du mois de jeûne qui volent en éclats, même certains des mariages célébrés en temps ordinaires résistent difficilement.

Albérique HOUNDJO